Guide pour les familles
Pictogrammes et langage
À quoi sert un pictogramme quand on apprend à parler
Dire une phrase, c’est tenir plusieurs choses à la fois : ce qu’on veut dire, les mots pour le dire, et la suite de mouvements qui les produit. Chez un enfant dont la mémoire de travail auditivo-verbale est fragile — c’est fréquent en cas de trisomie 21, de dysphasie ou de retard de langage —, la première de ces trois choses s’efface pendant qu’il s’occupe des deux autres.
L’image tient cette place. Elle reste sous les yeux, stable, pendant tout le temps de la production. L’enfant peut oublier ce qu’il voulait dire : c’est écrit devant lui, en image.
- Un référent stable. Le même dessin veut toujours dire la même chose. C’est ce qui permet de le reconnaître avant de savoir lire.
- Un canal en plus. Voir et entendre au même moment vaut mieux qu’entendre seul, surtout quand l’audition est fluctuante.
- Un point d’appui pour démarrer. Beaucoup d’enfants lancent la phrase en regardant l’image, sans avoir eu à la redemander.
Ce n’est pas de la communication alternative
Les deux usages emploient les mêmes images et n’ont presque rien à voir. La confusion est fréquente, et elle amène des familles à choisir le mauvais outil.
| Communication alternative (CAA) | Support d’entraînement à la parole | |
|---|---|---|
| Le but | Permettre à l’enfant de dire quelque chose, tout de suite, sans passer par la parole. | Aider l’enfant à produire la phrase à voix haute. |
| Qui compose | L’enfant : il désigne, il assemble, le message est à lui. | Personne : la phrase existe déjà, elle est là pour être dite. |
| À quoi ça ressemble | Un classeur, un tableau de communication, une tablette avec une grille et une synthèse vocale. | Une phrase en grand, une image, un bouton pour écouter le modèle. |
| Pour qui | Un enfant non verbal ou très peu intelligible, qui a besoin d’un moyen d’expression maintenant. | Un enfant qui parle, ou qui commence à parler, et qui s’entraîne. |
Choisir la bonne image
Un pictogramme illustre un mot, pas une phrase
Il n’existe pas d’image pour « je voudrais un pain au chocolat s’il vous plaît ». Il faut choisir le mot porteur — celui sans lequel la phrase n’existe pas — et illustrer celui-là. Pour « j’ai mal au ventre », c’est le ventre. Pour « je veux aller aux toilettes », ce sont les toilettes.
Une photo est parfois meilleure
Pour tout ce qui appartient à l’enfant, prenez une photo : son verre, son doudou, son cartable. Un pictogramme de verre est un verre en général ; la photo est son verre, et c’est plus rapide à reconnaître. Le pictogramme reprend l’avantage dès qu’on quitte le concret — une action, une émotion, une notion.
Ne changez pas d’image en cours de route
Si une phrase est associée à un dessin, gardez-le. Chercher « le plus joli » a un coût : l’enfant doit réapprendre à quoi il a affaire, et le bénéfice de la stabilité disparaît.
ARASAAC, la banque utilisée par Mot à mot
Les 612 images de Mot à mot viennent d’ARASAAC, le portail aragonais de communication augmentative et alternative. C’est la banque de référence dans le monde francophone : plusieurs milliers de pictogrammes, un style graphique homogène, et une recherche en français.
Elles sont téléchargées une fois et servies depuis l’appareil : aucune requête réseau pendant une séance, et tout fonctionne dans une salle d’attente sans connexion.
Comment ça marche dans Mot à mot
- Les phrases du programme arrivent déjà illustrées : la quasi-totalité des 444 phrases livrées ont leur pictogramme.
- Pour vos propres phrases, vous cherchez un pictogramme ARASAAC directement dans l’application, ou vous prenez une photo, ou vous mettez un emoji.
- L’image occupe la moitié haute de l’écran, la phrase le reste. Un seul contenu à la fois, jamais de liste à faire défiler pendant une séance.
Essayer ouvre l’application tout de suite, sans compte et sans rien installer.
Questions fréquentes
Les pictogrammes risquent-ils de retarder la parole ?
C’est la crainte la plus fréquente des familles. La position couramment enseignée dans la profession est l’inverse : un support visuel accompagne la parole, il ne la remplace pas, et il retire une partie de l’effort de mémoire qui empêchait l’enfant de se concentrer sur la production. Cela dit, la question mérite d’être posée à l’orthophoniste ou à la logopède qui suit votre enfant, parce que la réponse dépend de son profil.
Est-ce que Mot à mot est une application de communication par pictogrammes ?
Non. Dans Mot à mot, le pictogramme illustre une phrase que l’enfant s’entraîne à dire à voix haute. Il ne sert pas à composer un message à la place de la parole. Un enfant qui a besoin de communiquer autrement qu’en parlant a besoin d’un vrai outil de communication alternative, choisi avec un professionnel.
Qu’est-ce qu’ARASAAC ?
C’est la banque de pictogrammes de référence dans le monde francophone et hispanophone, produite par le Gouvernement d’Aragon, en Espagne. Les images sont l’œuvre de Sergio Palao et sont distribuées sous licence Creative Commons BY-NC-SA : réutilisables librement, à condition de citer l’origine, de conserver la même licence, et de ne pas en faire un usage commercial.
Vaut-il mieux un pictogramme ou une photo ?
Cela dépend de ce qu’on désigne. Pour un objet personnel — son verre, son doudou, sa chambre — une photo prise avec votre téléphone est presque toujours plus parlante. Pour une notion générale ou une action, un pictogramme est plus lisible parce qu’il élimine tout le décor inutile.