Guide pour les familles

Exercices de langage à la maison

Votre orthophoniste ou votre logopède voit votre enfant une ou deux fois par semaine. Le reste du temps, c’est vous. Voici un déroulé de dix minutes qui tient debout tout seul — vous pouvez l’appliquer avec une application, avec des photos imprimées, ou avec rien du tout.

Dix minutes valent mieux que quarante

C’est contre-intuitif, et c’est pourtant le point le plus important. Une séance longue épuise l’attention, se termine mal, et laisse un souvenir désagréable qui se paie à la séance suivante. Une séance courte se termine pendant que ça va encore bien — et c’est ce souvenir-là qu’on veut installer.

  • Toujours au même moment si possible : après le bain, avant l’histoire. La régularité fait le travail que la motivation ne fera pas.
  • Toujours au même endroit, calme, sans télévision, avec l’adulte à côté de l’enfant — pas en face. Côte à côte, on regarde la même chose ; face à face, on s’examine.
  • On s’arrête à l’heure, même si ça se passe bien. Surtout si ça se passe bien.

Le déroulé, en quatre temps

Toujours le même ordre, pour chaque phrase. La prévisibilité libère de l’attention : l’enfant n’a plus à deviner ce qui va se passer, il peut la dépenser sur la phrase.

  1. Écouter. Vous dites la phrase, une seule fois, posément. Regardez l’enfant en la disant : il a besoin de votre bouche autant que de votre voix. Si vous utilisez un enregistrement, faites-le jouer à vitesse réduite.
  2. Regarder. Montrez ce dont on parle — l’objet réel, une photo, un pictogramme. Un support visuel stable évite d’avoir à retenir la phrase et son sens en même temps.
  3. Dire. À lui. Puis vous vous taisez et vous comptez lentement jusqu’à cinq. C’est long. Résistez : beaucoup de réponses arrivent à quatre.
  4. Répondre. Pas noter : répondre. S’il a dit juste, réagissez au contenu, pas à la performance — « d’accord, je te donne de l’eau » vaut mieux que « bravo, c’est bien dit ». S’il a approché, reformulez et passez à la suivante.

Choisir les bonnes phrases

C’est là que se joue l’essentiel, et c’est là qu’on se trompe le plus. Les phrases utiles ne sont pas les plus jolies : ce sont celles qui changent quelque chose dans la journée de l’enfant quand il parvient à les dire.

1. DemanderObtenir ce dont il a besoin sans passer par un cri ou un geste.« J’ai faim », « je veux de l’eau », « encore », « je veux aller aux toilettes »
2. RefuserDire non autrement qu’en se fâchant. Souvent la phrase qui change le plus d’ambiance à la maison.« Je ne veux pas », « arrête », « c’est fini »
3. Dire ce qui ne va pasSécurité. À travailler tôt, même si la phrase reste imparfaite.« J’ai mal », « j’ai mal au ventre », « j’ai peur », « aide-moi »
4. Entrer en relationCe qui ouvre les portes à l’école et dehors.« Bonjour », « je veux jouer avec toi », « comment tu t’appelles ? »
5. RaconterVient après, et seulement quand le reste est installé.« J’ai mangé des frites », « on est allés au parc »

Ajoutez-y les phrases que seul votre enfant a besoin de dire : le nom de son doudou, celui de la maîtresse, « je veux mon Tchoupi ». Aucune liste générique ne les contient, et ce sont souvent celles qui sortent le plus vite, parce qu’elles servent vraiment.

Court ne veut pas dire peu de mots

Ce qui coûte à l’enfant n’est pas le nombre de mots mais le nombre de syllabes à planifier d’affilée. « Je veux de l’eau » fait cinq mots et quatre syllabes, et se dit facilement. « Anniversaire » fait un mot, cinq syllabes, et se dit mal. Comptez les syllabes, pas les mots.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Le questionnement en rafale

« C’est quoi ? Et ça ? Comment on dit ? » Un enfant interrogé se ferme. Un commentaire appelle une réponse sans l’exiger : « oh, un chien noir » ouvre plus de bouches que « c’est quoi ? ».

Corriger devant du monde

À table, chez les grands-parents, dans la rue. La correction publique coûte beaucoup plus cher que le mot mal dit.

Enchaîner quand ça coince

Si deux phrases de suite échouent, on redescend d’un cran : une phrase déjà acquise, facile, pour finir sur autre chose qu’un blocage.

Tenir une série à tout prix

« On n’a pas fait notre séance hier. » Une série quotidienne à maintenir ne produit que de la culpabilité les jours de fatigue — et ces jours-là existent.

Le faire sans aucune application

C’est parfaitement possible, et pour certaines familles c’est mieux. De quoi vous avez besoin :

  • Une liste de dix phrases écrites sur une feuille, en gros, une par ligne — celles du tableau ci-dessus, adaptées à votre enfant.
  • Une image par phrase : une photo prise avec votre téléphone fait très bien l’affaire, et sera souvent plus parlante qu’un pictogramme générique, parce que c’est son verre et sa chambre.
  • Trois colonnes au dos de la feuille : bien dit, à retravailler, pas encore. Une croix par séance, avec la date. C’est votre suivi, et il suffit.
  • Votre voix. Aucune synthèse vocale ne la vaut : votre enfant la connaît, vous ralentissez sans y penser, et il a envie de vous répondre.

La seule règle à garder, quel que soit le support : une phrase compte comme acquise quand elle a été bien dite trois fois, sur trois jours différents. Trois réussites dans la même minute ne prouvent qu’un bon écho.

Avec Mot à mot, si vous préférez

L’application fait exactement ce déroulé, sans que vous ayez à préparer quoi que ce soit : les phrases sont déjà là avec leur voix et leur pictogramme, la séance s’arrête d’elle-même au bout de cinq à huit phrases, et le suivi des trois états se tient tout seul.

Ce que ça vous économise

Préparer la liste, retrouver les images, enregistrer les modèles, tenir le tableau des dates. Et le tour de chaque séance se compose seul : de l’acquis pour la confiance, de l’en-cours, une nouveauté.

Ce que ça ne change pas

C’est toujours vous qui écoutez et qui décidez. L’application n’évalue jamais la prononciation à votre place — la reconnaissance vocale se trompe trop, et toujours dans le sens qui décourage l’enfant.

Essayer ouvre l’application tout de suite, sans compte et sans rien installer.

Questions fréquentes

Combien de temps par jour ?

Dix minutes, et pas davantage. La régularité fait tout le travail : cinq séances de dix minutes dans la semaine valent mieux qu’une séance d’une heure le dimanche. Le temps d’attention soutenue est la ressource rare, pas la bonne volonté.

Et si mon enfant refuse ?

On arrête, sans négocier et sans commentaire. Une séance imposée coûte plus cher qu’une séance sautée, parce qu’elle installe l’idée que parler est une corvée. Reproposez le lendemain, à un autre moment de la journée, avec des phrases plus faciles.

Faut-il corriger la prononciation ?

Non, pas frontalement. Reformulez : l’enfant dit « tato », vous répondez « oui, un gâteau ». Il entend la forme juste sans avoir été repris. « Non, répète après moi » transforme l’échange en examen, et les examens finissent par être évités.

Combien de phrases faut-il travailler à la fois ?

Cinq à huit par séance, et une seule nouvelle. Le reste doit être du déjà-connu : quelques phrases acquises pour la mise en confiance et quelques-unes en cours. Une séance qui n’est faite que de difficultés est une séance qu’on ne recommence pas.